PAFASP: un investissement promoteur pour le secteur agricole au Burkina

PAFASP - Programme d'Appui aux Filiéres Agro-Sylvo-Pastorales
Yaya Koné, la soixantaine dynamique, avec ses quarante années d’expérience dans la mangue, fait partie des barons de la filière au Burkina. Après avoir occupé pendant plusieurs années un rôle central au sein d’organisations faîtières de promotion et de commercialisation de la mangue, il s’installe à son propre compte en 2003, à Banfora, dans l’Ouest du Burkina (450 km de Ouagadougou la capitale), dans le bassin de production de la mangue. Il y crée le groupement « Sanle séchage export » et installe une petite unité de séchage de la mangue. « Les débuts ont été très difficiles. On manquait d’équipements et de partenaires commerciaux », se souvient encore M. Koné. Mais il en fallait davantage pour décourager ce vieux briscard qui en a vu d’autres. Patiemment, il arrive à équiper son unité de sept séchoirs de type ATESTA. En 2009, il sollicite l’accompagnement du Programme d’appui aux filières agro sylvo pastorales (PAFASP), un Programme financé par la Banque mondiale. Le PAFASP l’aide à acquérir quatre autres séchoirs ATESTA. « Le PAFASP, au-delà des équipements, nous a surtout permis, grâce à des missions commerciales, de nouer de solides partenariats commerciaux», reconnait M. Koné. Le PAFASP organise en 2011 en Afrique du Sud un voyage au profit d’acteurs de la filière mangue pour découvrir une technologie innovante : un séchoir de type TUNNEL. Yaya Koné est de la partie. De retour à Banfora, il monte une deuxième unité et le PAFASP l’appuie à l’équiper de deux séchoirs TUNNEL. Une acquisition révolutionnaire qui confère à son unité une dimension quasi industrielle. L’ATESTA produit 20 kg/24h de mangue séchée alors que le TUNNEL en produit 250 kg/24h avec à la clé un produit de meilleure qualité et une réduction significative de la pénibilité du travail. « Je produisais à peine 10 tonnes de mangue séchée par campagne. Mais depuis l’acquisition des séchoirs TUNNEL, j’en produis 40 tonnes par campagne», confirme M. Koné. Les performances de cette technologie m’ont convaincu et j’ai acquis un troisième TUNNEL sur fonds propres ». Avec le développement de ses activités, il construit en 2017, sur fonds propres, une troisième unité de séchage et noue un partenariat commercial avec des investisseurs néerlandais. Ces derniers équipent cette unité de six séchoirs TUNNEL à hauteur 350 000 dollars US. Un prêt remboursable en cinq ans sous forme de livraison de mangue séchée. « J’ai rencontré en Europe ces investisseurs néerlandais au cours d’une mission commerciale que le PAFASP a organisé au profit des acteurs de la mangue », confie M. Koné. « Avec ces investissements, je compte atteindre dès la campagne 2018 la barre des cent tonnes. » Aujourd’hui, Sanle séchage export emploie douze permanents et 200 saisonniers dont 190 femmes. Le succès de Yaya Koné n’est pas un cas isolé dans le portefeuille des promoteurs du PAFASP. Si M. Koné fait partie des barons de la filière mangue au Burkina, Christiane Coulibaly peut revendiquer le titre de reine. La cinquantaine rayonnante, cette mère de trois enfants est à la tête d’une entreprise florissante de séchage de mangue basée à Toussiana, à 20 km de Banfora. Son entreprise emploie onze personnes de façon permanente dont six femmes et cinq cents occasionnels dont quatre cent cinquante femmes. Les débuts n’ont pourtant pas été faciles. Après son certificat d’études primaires (CEP) et une dizaine d’années de mariage difficile en Côte d’Ivoire, elle revient au Burkina en 1982 sans formation ni ressources financières. Elle enchaîne les petits boulots et se retrouve à Ouahigouya, au Nord du Burkina, pour un stage dans une unité de séchage de mangue. C’est le déclic ! « Les femmes de Ouahigouya faisaient plus de 500 km pour venir chercher la mangue à Toussiana », se souvient-elle « Je me suis dit alors pourquoi moi qui dors avec les mangues je ne ferai pas la même chose. » Elle se lance dans l’activité sans grands moyens. En 2008, son chemin croise celui du PAFASP « L’accompagnement du PAFASP a été déterminant dans le développement de mon unité se séchage. », reconnait Mme Coulibaly. « L’acquisition de deux séchoirs tunnel grâce à l’appui du programme a apporté une véritable révolution au sein de mon entreprise. Je produisais à peine 50 tonnes de mangue séchée par campagne. Depuis l’acquisition du tunnel, j’ai produit 65 tonnes en 2012, 75 tonnes en 2013, 110 tonnes en 2014, 120 tonnes en 2015 et 140 tonnes en 2016 » se réjouit cette battante qui poursuit l’extension de son entreprise. Outre la mangue séchée, le PAFASP a également joué un rôle majeur pour accroître la compétitivité à l’export de la mangue fraîche sur les marchés internationaux. Des investissements d’environ un million de dollars US au Ranch du Koba, une unité de conditionnement et d’exportation de la mangue installée à Bobo Dioulasso ( deuxième ville du Burkina à 360 km de Ouagadougou) ont permis de renforcer les capacités productives de l’unité et la mise aux normes de ses installations . Ce financement a surtout permis l’agrandissement du centre de traitement et de conditionnement, l’acquisition d’une nouvelle chaine de conditionnement ainsi que l’installation de chambres froides d’une plus grande capacité. « Ces différents équipement nous ont permis d’augmenter notre capacité productive de 10 tonnes/jour à 50 tonnes /jour et d’améliorer la qualité de nos produits », admet le directeur général du Ranch du Koba, Issiaka Bougoum qui s’inquiète toutefois, à l’image des aux acteurs de la filière, de la faible production de la mangue par rapport aux capcités de transformation et d’exportation. Pour faire face à cette préoccupation, le PAFASP a engagé, pour accompagner les acteurs, un vaste chantier de réalisation de vergers irrigués de manguiers (système d’irrigation goutte à goutte) de moyenne (200 pieds/ha) et haute (plus de 400 pieds/ha) densité. 1205 ha de vergers irrigués de manguiers ont ainsi été créés pour une production prévisionnelle annuelle de 20 000 tonnes à l’échelle 2025. Cela représente environ 10% de la production annuelle actuelle. Pour soutenir cet important chantier, le PAFASP a signé des partenariats publics privés (PPP) avec deux sociétés spécialisées dans la production et l’exportation de la mangue. Il s’agit de FRUITEG et GEBANA. Le PPP FRUITEQ a permis de créer un verger école de 10 ha (800 pieds/ha sur 5 ha et 1250 pieds/ha sur les 5 autres ha), une pépinière moderne et l’établissement d’une alliance commerciale avec 33 producteurs et leur encadrement. Celui de GEBANA a permis la création d’un parc à bois pour la fourniture de greffon de qualité aux producteurs, la valorisation des déchets de mangue à travers la mise en place d’un centre de production de compost biologique avec les déchets de mangue et d’anacarde et l’établissement d’une alliance commerciale avec 17 producteurs et leur encadrement. Les vergers et pépinières de manguiers impliqués dans la mise en œuvre du PPP entre le PAFASP et les deux sociétés sont biologiques et la vente du compost leur est destinée en priorité. C’est ce que confirme Lacina Barro, pépiniériste à Orodara, à 80 km de Bobo Dioulasso. « Je suis dans le réseau GEBANA et j’ai déjà commandé dix tonnes de compost biologique ». Ce pépiniériste a bénéficié de l’appui du PAFASP pour la réalisation d’un forage avec un système d’exhaure solaire, d’un château d’eau, d’une ombrière, d’un germoir, d’une haie vive et d’un bac pour la destruction des sachets plastiques. « Cet accompagnement, en particulier la réalisation du forage, a été un véritable soulagement pour moi », reconnait M. Barro, confronté à une raréfaction d’eau pour entretenir ses plants. « Ces différentes réalisations me permettront de passer d’une production de 10 000 à 35 000 plants par an », projette-t-il. Cette gestion éco responsable des déchets de mangue et d’anacarde trouve son prolongement dans l’utilisation de ces déchets comme combustible pour sécher la mangue. « J’ai installé deux séchoirs TUNNEL à vapeur dont le chaudron est alimenté par des coques d’anacarde et des noix de mangues », affirme Mamadou Ouattara dont l’unité de séchage est installée à Bobo Dioulasso. « Le séchage à la vapeur donne un produit de meilleure qualité, contribue à réduire les déchets et nous permet surtout de réaliser une économie de l’ordre de 2500 dollars US par mois et par séchoir par rapport au séchoir TUNNEL alimenté à l’électricité combinée au gaz butane », se félicite –t-il. Loin de Bobo Dioulasso, tout au Nord du Burkina, d’autres acteurs ont su faire fructifier le capital confiance que le PAFASP a placé en eux. C’est notamment le cas de Fatimata Tarbagdo, du village de Sibalo , à 80 km de Ouagadougou . Cette mère de quatre enfants, présidente du groupement féminin Wend Panga , a bénéficié d’un financement du PAFASP qui lui a permis de mettre sur pied une unité d’embouche bovine. Tout comme Fatimata Tarbagdo , quatorze autres femmes du groupement ont bénéficié chacune d’un appui du Programme. Ces financements ont permis à chaque femme de s’acheter cinq bœufs et de se construire une étable. « Les marges bénéficiaires nous permettent de contribuer aux dépenses familiales, notamment celles liées à l’alimentation, la santé et l’éduction », témoignent-t- elles en chœur. Les femmes du groupement sont conscientes de ce que leur apporte l’embouche bovine. « Nous allons poursuivre et développer cette activité. Nous n’avons pas le choix puisque cela nous fait vivre !» Ces femmes sont d’autant plus confiantes que leurs bêtes trouvent preneurs auprès de boucheries /charcuteries dont « Générale des viandes » à Ouagadougou. Son promoteur, Adama Ouena, quitte l’école en classe de 3e. Après avoir travaillé dans plusieurs boucheries/charcuteries de Ouagadougou, il décide de s’installer à son propre compte .Il élabore, avec l’appui de la Maison de l’entreprise du Burkina Faso (MEBF), un projet d’un montant de 10 millions de francs CFA. Les banques et autres institutions financières auxquelles il s’adresse restent sourdes à sa demande de financement. Faute d’argent, il veut tout abandonner et s’exiler comme l’ont déjà fait avant lui d’autres amis bouchers/charcutiers. « J’étais complètement découragé, prêt à tout lâcher et partir ». Finalement, il ne partira pas. Lors de l’édition 2008 des journées de l’entrepreneuriat burkinabè (JEB), organisées par la MEBF, il fait partie des cinq lauréats à qui le PAFASP offre des prix individuels 9000 dollars US. La valeur du prix correspond à la moitié du montant global de son projet. Une véritable aubaine pour ce jeune ambitieux qui commençait à perdre espoir. « Ce prix est arrivé comme une véritable bouffée d’oxygène. Avec le recul, je m’aperçois que je n’aurais jamais pu démarrer sans cet appui. Au-delà de la valeur pécuniaire, ce prix a donné de la visibilité à mon projet » Aujourd’hui la générale des viandes emploie à temps plein une vingtaine de personnes qui produisent en moyenne 25 tonnes de viande transformée par mois. L’oignon est très souvent associé à cette viande transformée. La production et la conservation de ce légume, Mamadou Légua, installé dans la vallée du Sourou (200 km de Ouagadougou) , en a fait son affaire . Le PAFASP l’a soutenu pour la réalisation de trois entrepôts de conservation d’oignon d’une capacité totale de 150 tonnes et pour le nivellement d’une superficie d’un hectare pour la construction d’autres d’entrepôts. « Au-delà de l’aspect financier, l’intervention du PAFASP nous a surtout permis de découvrir d’autres horizons », se félicite Mamadou Légua. A 46 ans, celui qui affirme être « né dans l’oignon », et qui exploitait à peine un hectare dans les années 2000, a fait du chemin. Aujourd’hui, M. Légua exploite une superficie de 32 hectares et possède des infrastructures de conservation d’oignon d’une capacité totale de cinq cents tonnes. Mamadou Légua a également bénéficié, en 2009, avec l’appui du programme, d’une formation en production de semences au Niger. « Cette formation a été déterminante dans la progression de mes affaires. J’achetais annuellement pour 26 000 dollars US de semence. Mais depuis la formation, non seulement je n’achète plus de semence, mais je parviens même à écouler le surplus de ma production semencière à hauteur de 50 000 dollars US », se réjouit l’agro businessman qui emploie une vingtaine d’ouvriers permanents avec une rémunération annuelle de 1250 dollars US par ouvrier. Une belle somme quand on sait que l’Institut national de la statistique et de la démographie (INSD) du Burkina estimait, en 2014, le seuil absolu de pauvreté monétaire à 310 dollars par adulte et par an à Ouagadougou. Non loin du Sourou, dans la province du Yatenga, (180 km de Ouagadougou), le PAFASP a également soutenu des acteurs de la filière oignon pour la réalisation d’infrastructures de conservation, à l’image de Mariétou Sana, secrétaire général du groupement féminin Sougri nooma du village de Bogoya. « Mes enfants et moi-même dormions avec les oignons dans la même maison. Les oignons, exposés à toutes sortes de parasites et à la moisissure, pourrissaient et je n’en tirais aucun profit. Mais depuis que le PAFASP m’a aidé à construire ce ruudu , mes oignons ne pourrissent plus. Je les garde et je les vends quand les prix sont bons sur le marché. » Le ruudu est un silo qui permet de conserver trois tonnes d’oignon pendant six mois. C’est une infrastructure particulièrement adaptée aux besoins des femmes en milieu rural. A Bogoya, le Programme a subventionné la réalisation de 30 ruudu d’une capacité totale de stockage de 90 tonnes au profit des femmes du groupement. La conservation de l’oignon permet de réguler le prix du produit sur le marché au profit des producteurs. « Le sac de 100 kg d’oignon vendu à 20 dollars US à la récolte en mars se négocie à 100 dollars US après cinq mois de conservation », constate Lassané Savadogo, chargé de la commercialisation et de l’innovation au sein de l’Association professionnelle des maraîchers du Yatenga (ASPMY). Cette association, avec l’appui du PAFASP, a vulgarisé cette technologie de conservation d’oignon un peu partout au Burkina. Pour consolider ce vaste chantier de réalisations, un accompagnement adéquat des microprojets les plus performants , avec l’expertise de la Maison de l’entreprise du Burkina Faso (MEBF) , a permis à 177 d’entre eux d’évoluer en micro entreprises, petites et moyennes entreprises viables et rentables. Dans leur processus d’évolution, les 177 microprojets ont bénéficié d’un paquet de services à travers notamment l’appui conseil, la facilitation de l’accès au financement, la facilitation de l’accès au marché et des subventions. Ces subventions ont soutenu les promoteurs dans la réalisation d’infrastructures (aménagement de périmètres, construction d’unité de conservation d’oignon, construction d’étables, de poulailler, de magasins, etc.), l’acquisition de matériel et d’équipements divers, l’appui à la mise en œuvre de plans à l’export Cet appui du PAFASP vise à promouvoir un secteur agricole compétitif, rentable et à contribuer à la création de richesse. Cet engament promoteur est résumé par Olivier Paré, un bénéficiaire des interventions du PAFASP installé à Dédougou (250 lm de Ouagadougou) « Avec les investissements du PAFASP, je suis sûr de pouvoir continuer à évoluer après la fin du projet. J’ai une étable d’une capacité de 20 bœufs par cycle à raison de trois cycles par an. Ma ferme de 24 h est sécurisé avec un permis d’exploiter. Avec ces acquis, je peux approcher des investisseurs dans le sens de l’évolution de mes affaires. » Encadré Quelques chiffres clé L’Etat burkinabè met en œuvre depuis janvier 2007 avec l’appui technique et financier de la Banque mondiale, le Programme d’appui aux Filières Agro-Sylvo-Pastorales (PAFASP) d’un coût global de 116 millions de dollars US. La clôture du programme interviendra le 30 juin 2017. Les intervention du PAFASP couvrent les treize régions du Burkina et portent sur les filières mangue, oignon, bétail/viande, volaille locale et accessoirement sur les filières coton, maïs, niébé et sésame. La mise en œuvre du programme a permis d’atteindre les principaux résultats suivants : • 385 051bénéficiaires touchés dont 30,6 % de femmes ; • 66% des bénéficiaires ont vu leurs revenus tirés des filières ciblées augmenté de plus de 50% ; • les exportations des produits des filières ciblées sur le marché international ont atteints 275 968 tonnes contre 106 500 tonnes attendues en fin de projet ; • Les exportations des produits des filières ciblées sur le marché sous régional sont de 206 345 contre 96 000 tonnes prévues à la fin du projet ; • 3422 micro-projets ont été cofinancés pour un montant de plus 15 millions de dollars US. La mise en place d’un fonds de garantie auprès d’une société financière de garantie interbancaire a permis de lever environ 4 millions de dollars de crédit pour les filières ciblées ; • plus de 2 500 ha de périmètres aménagés pour la petite irrigation et des études de 3 600 ha réalisées pour la grande irrigation dans le pôle de croissance de Bagré et pour la vallée du Sourou ; • 1205 hectares de vergers de manguiers irrigués au goutte à goutte de moyenne (200 pieds/ha) et de haute (plus de 400 pieds/ha) densité ; • Le renforcement des infrastructures de production et de commercialisation grâce à la réalisation de 20 parcs de vaccination, 6 marchés à bétail , 2 marchés de vente et d’abattage de volaille, 3 marchés de fruits et légumes. • Trois partenariats publics privés (PPP) signés avec DAFANI, FRUITEQ et GEBANA pour accroître la compétitivité de la production, la transformation et l’exportation de la mangue. • Accompagnement des acteurs pour la mise en place de quatre interprofessions (mangue , oignon, bétail viande, volaille locale) • Le PAFASP , en collaboration avec d’autres projets et services, a conduit le processus de réflexion ayant abouti à l’adoption le 30 octobre 2012 de la loi portant règlementation des organisations interprofessionnelles des filières agricoles, sylvicoles, pastorales, halieutiques et fauniques au Burkina Faso.
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10/06/2017 - 23:34
Présentation de la technologie du ruudu En réponse à la situation difficile de 2008 où des producteurs se sont retrouvés avec des tonnes d’oignons qui pourrissaient sous leurs yeux, l’Association professionnelle des maraichers du Yatenga (ASPMY) a sollicité le soutien du...

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